Castro et la gauche latino-américaine
Paulo A. Paranagua
L’institut de sondages Latinobarometro 2010 a enregistré une baisse de la
popularité de Fidel Castro, alors qu’il était déjà au dernier rang des leaders
politiques soumis à l’appréciation des personnes consultées dans 18 pays
d’Amérique latine (http://www.latinobarometro.org/).
L’opinion sur Cuba et sur la révolution castriste est au plus bas. La libération
des prisonniers politiques n’arrange rien, puisqu’elle confirme le caractère peu
démocratique des autorités de La Havane.
Malgré cela, « condamner publiquement le régime cubain reste difficile pour
quelqu’un de gauche, du moins en Amérique latine », constate l’universitaire
argentine Claudia Hilb.
Pour comprendre cette situation et entamer un dialogue avec ceux qui sont
condescendants à l’égard du castrisme, elle a écrit un petit ouvrage, paru à la
fois en Argentine et au Brésil : Silencio, Cuba : La izquierda democratica
frente al régimen de la Revolucion Cubana (éditions Edhasa à Buenos Aires,
Paz e Terra à Sao Paulo).
Claudia Hilb évite de « diaboliser les dirigeants de la Révolution ». « Je suis
plus à l’aise avec la théorie politique qu’avec l’histoire », confiait-elle
récemment à Buenos Aires. Son étude concilie les deux approches, avec souci
pédagogique et respect pour les lecteurs.
Alors que les « acquis » sociaux, la santé et l’éducation, sont souvent
dissociés des critiques sur l’absence de libertés publiques, Claudia Hilb montre
« l’imbrication de l’égalitarisme radical des années 1960 avec la politique de
concentration absolue du pouvoir entre les mains de Fidel Castro ».
En très peu de temps, tous les foyers d’organisation et d’initiative politiques
qui n’ont pas accepté de se subordonner à son autorité ont été écrasés. La
personnalisation et la concentration du pouvoir révolutionnaire s’opèrent en
même temps. L’ingénierie sociale est indissociable de la construction d’une
nouvelle société par le haut.
La mobilisation, qui était au départ adhésion, devient soumission. Les syndicats
épousent désormais le point de vue de l’Etat-patron, au lieu de défendre les
intérêts de leurs affiliés. En septembre 2010, c’est la Centrale des
travailleurs de Cuba qui a été chargée d’annoncer le licenciement de 500.000
Cubains.
Claudia Hilb, qui avoue sa dette à l’égard de Claude Lefort, consacre des pages
éclairantes à la peur. Sans être la seule « passion active » à la base du régime
- elle y ajoute notamment le nationalisme -, la peur n’en demeure pas moins un «
principe d’action » destiné à assurer la stabilité du système.
Fuente: http://america-latina.blog.lemonde.fr/